Comprendre le « Growth Hacking » : « le culte de l’abstrait » (2)

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Nous avons abordé dans le billet précédent le concept d’abstraction en présentant la différence entre l’abstraction et l’abstrait. Dixit Michel Volle dans un de ses articles :

« L’abstraction est nécessaire à l’action : nous ne pouvons agir que si nous possédons des concepts pour classer nos perceptions et représentations, y compris pour des actions quotidiennes comme conduire une voiture ou faire la cuisine. L’abstraction est l’activité, la pratique, qui nous permet de produire des concepts, d’abstraire. Mais l’abstrait, lui, est le résultat de l’abstraction, résultat qui peut être coupé de toute action, de toute intention pratique. ».

Prenons un exemple simple, un commerçant de fruits qui va au marché sait qu’il doit vendre ses fruits à des personnes intéressées par sa marchandise. Il sait que lors de la saison des fruits où il y a abondance, il doit baisser le prix. Hors saison, il relève le prix. S’il n y a pas assez de personnes intéressées ou s’il se trouve face à plusieurs concurrents, il doit faire des promotions, baisser les prix, proposer des remises exceptionnelles si une personne achète une quantité élevée de fruits. Toutes ces connaissances-là, il l’apprend par son expérience, au contact des clients (personnes intéressées par sa marchandise) et à sa présence sur le marché. Pour agir, il sait qu’il a un produit, des clients, un marché, des concurrents, des saisons,…etc. C’est cela l’abstraction. Tous ces concepts lui permettent d’agir. Un des abstraits de cette situation est la fameuse loi de l’offre et de la demande, pour ceux qui ont fait ou lu quelques cours d’économie. Vous pouvez voir les détails de cette loi en faisant une simple recherche sur Internet. L’offre ici, ce sont les fruits, la demande, c’est la clientèle. Il y a des facteurs qui influencent l’offre et la demande comme le prix, la quantité de fruits disponibles sur le marché (concurrence). En voyant les développements de cette loi et sa mathématisation, vous comprenez qu’elle a été coupée de toute action, de toute intention pratique : c’est cela l’abstrait. Mais pour y arriver, il a fallu qu’on parte du petit commerçant, de l’observation de petites activités économiques.

Pour paraphraser Sean Johnson, l’abstrait est un résumé de l’expérience en concepts qui peuvent être largement appliqués à une variété de situations. Cela permet de traiter rapidement des problèmes complexes et surtout apporte une clarté devant les situations. Seulement, il faut éviter d’être prisonnier de ces concepts, tout simplement parce qu’ils ne sont pas en apesanteur : ils tirent leur pertinence à partir d’expériences contrôlées appelées « recherche ».

Je convoque encore Michel Volle pour illustrer mon propos :

« Certains penseurs passés ont produit, par un effort d’abstraction, des architectures conceptuelles imposantes. Ces architectures sont pour notre pensée comme les monuments d’une ville : un ornement, un équipement, parfois une gêne. Entre l’acte de bâtir, qui suppose de nombreuses décisions, et le bâtiment existant, qui impose à l’utilisateur les décisions dont il porte la trace, il existe la même relation qu’entre l’abstraction et l’abstrait. »

Nous sommes ainsi éduqués dès notre plus jeune âge à mémoriser « l’abstrait » et non à comprendre la démarche qui a permis de passer de l’abstraction à l’abstrait.

C’est pour cela que Michel Volle a intitulé son article le « culte de l’abstrait » et il confine déjà ce comportement à une religion :

« Cette idolâtrie, partout et toujours célébrée, jamais perçue, est la vraie religion de notre société. Sa puissance destructrice est immense. C’est elle, en particulier, qui rend l’enseignement si ennuyeux. »

Autre illustration, dans le dernier livre de Ha-Joon Chang, « Economics : The User’s Guide », il précise ceci :

« (…) 95 per cent of economics is common sense (…) Economics is not alone in appearing to be more difficult to outsiders than it really is. In any profession that involves some technical competence – be it economics, plumbing or medicine – jargons that facilitate communication within the profession make its communication with outsiders more difficult. A little more cynically, all technical professions have an incentive to make themselves look more complicated than they really are so that they can justify the high fees their members charge for their services.”

(Tr.) 95% de l’économie, c’est le bon sens (…) L’économie n’est pas la seule à apparaître plus difficile pour les non-initiés. Dans toute profession qui implique une certaine compétence technique – que ce soit l’économie, la plomberie ou la médecine – les jargons qui facilitent la communication au sein de la profession rendent sa communication plus difficile avec le monde extérieur. Si on veut être un peu plus cynique, on dira que toutes les professions techniques sont incités à apparaître plus compliquées qu’elles ne le sont vraiment afin qu’elles puissent justifier les frais élevés que leurs membres facturent pour leurs services.

Quand Google réalise 50 milliards US dollars rien que pour la publicité en ligne, on déduit assez facilement que la façon de faire de la pub il y a 10 ou 15 ans n’est plus la même aujourd’hui. C’est pour cela qu’il est important de garder les pieds sur terre et de ne pas se dresser devant un bruissement, fut-il un effet de mode. L’important étant d’avoir l’esprit de recherche, de ne pas être embrigadé par les résultats des recherches passées mais d’être animé par la démarche de recherche.

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Comprendre le « Growth Hacking » : « l’abstraction » (1)

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J’ai présenté mon intention dans l’un de mes récents articles en abordant ce chantier de publication d’un livre sur le Growth Hacking : mon ambition est d’expliquer pourquoi le growth hacking préfigure l’avenir du marketing. J’estimais ainsi que plusieurs personnes avaient la fâcheuse attitude de considérer les choses comme donné, sans interroger les conditions de leur naissance. C’est la raison qui amène Michel Volle dans son livre De l’informatique au constat suivant :

« Nous ne voyons pas l’air dans lequel nous baignons et qui est nécessaire à notre survie : si une pièce ne contient pas de meubles, nous dirons qu’elle est vide alors qu’elle contient des dizaines de kilogrammes d’air. Les êtres humains ont vécu pendant des millions d’années sans rien savoir de la circulation du sang ni des mécanismes de la digestion ; nous pensons sans savoir comment notre cerveau fonctionne. Nous ne voyons pas le milieu qui nous baigne et les artefacts qui nous sont proches nous paraissent naturels. Tout se passe comme si le lait et l’huile étaient produits par l’épicerie, comme si la lumière était produite par une pression sur l’interrupteur. Il faut une panne, une crise, pour que leur origine nous revienne à l’esprit »

Le Growth Hacking annonce la « panne » qui permettra aux esprits de fournir l’effort de réflexion nécessaire pour revenir aux origines du marketing.

Pour comprendre pourquoi le marketing s’est séparé de ses origines, je me suis aidé d’un article de Michel Volle qui s’intitule « Pratique de l’abstraction et culte de l’abstrait ». Parfois, il arrive qu’un auteur exprime avec les mots justes votre pensée et dans ce cas-là, je ne m’embarrasse pas de reformulations et autres espiègleries pour le citer. Dans cet article, il est question d’abstraction. C’est quoi l’abstraction ?

« L’abstraction est la pratique qui consiste à choisir ce que notre pensée retiendra des objets que l’expérience du monde lui présente. Elle ne se sépare pas de l’expérience : « expérimentation » et « pratique de l’abstraction » sont synonymes, l’expérience visant à élaborer des concepts pour pouvoir penser la nature et l’action. Le résultat de l’abstraction, c’est l’abstrait, grille conceptuelle qui structure notre pensée et aussi notre perception. Entre l’abstraction et l’abstrait, la différence est du même ordre qu’entre l’architecture et la maison. »

Ainsi, les contenus des ouvrages actuels de marketing sont de l’ordre de « l’abstrait » et représente ainsi le résultat de l’abstraction, somme d’expériences individuelles et contrôlées (validées) par la recherche. Le problème actuel se trouve plutôt dans l’éducation :

« En faisant de l’abstraction une chose élevée à laquelle l’homme ordinaire ne peut atteindre, l’éducation détourne celui-ci de la respiration de l’esprit ; elle y substitue le culte de l’abstrait, idolâtrie envers des idées préfabriquées qui seront souvent utilisées hors de propos. »

Et c’est plutôt normal puisque :

« Notre formation intellectuelle, qu’il s’agisse de mathématiques, de lettres, de physique, se transmet pour l’essentiel par un discours. La part de l’expérience est rare au Lycée où elle se limite à quelques travaux pratiques en physique et chimie. La formation a un caractère initiatique. Point fausse certes, elle ne garde pas trace de la démarche des chercheurs qui ont élaboré les connaissances, de leur volonté, de leurs hésitations, discussions et errements : à la compréhension de la démarche, elle préfère la mémorisation des résultats. »

C’est ainsi que des personnes mémorisent des résultats et lorsqu’elles se trouvent devant un nouveau champ et que les concepts appris ne leur permettent pas de percevoir ce qui passe, soit elles dénient son existence soit elles acceptent son existence en la banalisant…avec des propos « Rien n’a changé », « c’est la même chose, on n’a juste changé l’habillement »…etc. C’est pour cela qu’on observe tant de levers de bouclier face au Growth Hacking. Pourtant, Sean Ellis qui a fixé le terme peut voir son enthousiasme être contesté mais sûrement pas son instinct. Il y a bien une nouvelle approche du marketing qui se cache derrière le Growth Hacking.

Michel Volle va même plus loin dans son analyse du culte de l’abstrait :

« Alors que l’on enseigne, théoriquement, que toute théorie sera un jour contredite par une expérience qui précisera et délimitera sa portée, en pratique on impose la théorie admise comme un dogme révélé. Les « problèmes » de mathématiques ou de physique ne sont pas des invitations à la recherche mais des questions de cours et des exercices de calcul »

Ou encore :

« Dès que nous percevons, pensons ou agissons, nous utilisons des concepts (pour agir il faut penser ou avoir pensé au préalable, l’action réflexe ne pouvant jouer chez l’être humain sans préparation). Parfois ces concepts nous sont procurés tout faits, préfabriqués, par l’abstrait que nous avons assimilé. Parfois nous les produisons ad hoc par un travail d’abstraction. Dès que nous pensons à notre action, fût-ce pour des activités quotidiennes comme la toilette ou la conduite automobile, nous produisons nos propres abstractions. Mais souvent nous ne voyons pas qu’il s’agit de pensée. Lorsque par contre nous abordons des domaines que nous croyons « élevés », comme la littérature, la politique, la technique, l’économie etc. alors nous voyons qu’il s’agit de pensée, mais nous ne nous croyons pas autorisés à produire les concepts nous-mêmes : nous allons les chercher dans des livres, des revues, des journaux ou dans l’acquis de notre formation intellectuelle. On nous a dit en effet que l’abstraction, c’était la tâche des savants, des « génies » à qui la société a confié le monopole de la pensée légitime ».

Cela ne veut pas dire qu’on doit tout rejeter. Cela veut tout simplement dire qu’on doit être attentif à la démarche. Si les choses marchaient et marchent toujours avec les recettes actuelles du marketing, on se doit aussi de comprendre pourquoi ceux qui utilisent d’autres recettes parviennent à obtenir de meilleurs, sinon d’excellents résultats. Ce sont ces « autres » recettes qui sont regroupées sous le vocable de « Growth Hacking ». Qu’on pense à Google, Facebook, Twitter ou encore DropBox ainsi que d’autres mastodontes du Web, plusieurs n’ont pas emprunté les recettes traditionnelles du marketing pour se faire connaitre. Avec le résultat que tout le monde sait aujourd’hui.

Nous allons continuer dans le prochain billet notre série de présentation de concepts qui permettent une entrée « douce » de notre sujet.

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La voix, le style de l’écriture selon Steve Peha

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Ceux qui ont l’habitude de faire la queue devant les kiosques de journaux ont déjà remarqué la différence de couverture d’un même évènement par les journaux. Pour un même évènement, le titre est différent, les détails sont différents. D’autres journaux vont se limiter aux faits, d’autres vont faire avec plus de détails, avec une approche historique, plus de chiffres, de statistiques, d’anecdotes et de liaisons avec d’autres faits. On ne peut jamais trouver un même texte pour un évènement.

Cette situation traduit ce qu’on appelle le « style d’écriture », ou la « voix de l’écriture ». Quel que soit la situation vécue, nous ne racontons, ni n’écrivons pas la même chose. Plus grave, en matière d’écriture, si nous faisons la même chose, ce n’est plus de l’écriture, c’est de la copie.

Autre anecdote : avez-vous déjà été soumis à une question d’un enfant sur un phénomène de la nature ? Du genre « Papa, pourquoi il pleut ? Pourquoi il y a des bruits dans le ciel ? ». C’est à ce moment que vous allez sentir le sol se dérober sous vos pieds, même si vous êtes un spécialiste du sujet. Vous êtes obligé d’être attentif au choix des mots pour que l’enfant comprenne quelque chose, d’aller même chercher dans son univers les références que vous pouvez employer par analogie pour faire comprendre ce phénomène.

C’est le même principe quand on écrit un livre : notre écriture doit être appropriée à l’audience et à notre intention.

Ainsi, dans la plupart des cas, la meilleure façon d’écrire est d’imaginer une situation où vous dites, parlez ce que vous allez écrire. Et de noter mentalement vos hésitations, le choix de vos mots, le ton, l’attitude ou les émotions, et de retranscrire cet univers dans votre écriture.

Steven Peha l’illustre parfaitement dans un de ses articles :

« If everyone writes exactly the same thing, that’s no good — that’s copying, not writing. Everyone’s writing needs to be different from everyone else’s. And the only way that happens is if writers make different choices when they write, choices about the topics they pick, the words they use, the details they include, different beginning and ending strategies, and so on. The set of all the different choices a writer’s makes determines, and the collective effect they have on the reader, is what is often called the “voice” in a piece of writing.”

(Tr.) Si tout le monde écrit exactement la même chose, ce n’est pas convenable – c’est de la copie, pas l’écriture. L’écriture de chaque personne doit être unique. Et la seule manière de le faire est que chaque écrivain ou auteur fasse des choix différents quand il écrit, choix différents sur les sujets, sur les mots utilisés, sur les détails inclus, sur les différentes stratégies d’introduction et de conclusion, ainsi de suite. C’est l’ensemble de ces différents choix ainsi que les effets collectifs de ces choix sur le lecteur qui déterminent ce qu’on appelle souvent « la voix » ou le « style » dans un texte écrit.

La langue française compte entre 80 000 et 100 000 mots. Ce chiffre peut varier suivant les pays et les époques. Il y a le jargon, les références culturelles spécifiques à chaque pays qui interviennent dans cette variation. Dans tous les cas, on a un large éventail de mots à choisir. C’est pour cela qu’on aura toujours des façons différentes de commencer un texte, de terminer un texte, de former nos phrases, nos paragraphes. Ces différents choix selon Steve Peha reflètent notre manière de voir les choses et de les interpréter.

Dans ses différents choix, dans son « style d’écriture » ou sa « voix d’écriture », l’auteur ne doit jamais oublier, comme le rappelle si bien Steve Peha, qu’on ne lui posera pas personnellement de questions, mais que ces questions seront plutôt adressées à son écriture, à son texte :

« (…) we can’t question the writer, we have to question the writing.”

Il est important de garder cela en tête.

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Ecrire est un moyen, pas un but

« Most of us are trained as English teachers by studying a product: writing. Our critical skills are honed by examining literature, which is finished writing; language as it has been used by authors. And then, fully trained in the autopsy, we go out and are assigned to teach our students to write, to make language live.

Teach Writing as Process Not Product” by Donald Murray from The Leaflet, Fall 1972, pages 11–14. Published by the New England Association of Teachers of English.

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En lisant l’article de Donald Murray dont la citation ci-dessus est extraite, j’ai senti des ampoules d’éclairer dans les synapses de mon cerveau, tellement le texte est profond et on a l’impression qu’on s’égarait depuis et qu’après la lecture de ce texte, on a été ramené dans le droit chemin.

C’est un texte court, de cinq (5) pages, qui permet de comprendre pourquoi l’écriture apparait souvent difficile. J’ai reconnu le diagnostic que l’auteur pose à travers mon propre parcours. Effectivement, j’ai été soumis durant tout mon cycle d’études, à l’étude des ouvrages du « programme », à l’étude des auteurs, des classiques,…etc. C’était à 95 % le contenu du programme des cours de langues française dispensés tout au long du cycle. A cela, si on y ajoute les évaluations qui portent le plus souvent sur les mêmes auteurs et ouvrages, la bouche est bouclée. C’est pour cela que l’auteur affirme qu’on forme plutôt les jeunes à faire des autopsies, cette analogie pour illustrer que la formation est faite sur l’analyse de textes de littérature écrite depuis belle lurette.

Ce qui est gênant, comme on le lit dans ce texte, c’est qu’on consacre tout l’enseignement à un « produit fini » alors qu’on devrait plutôt le consacrer au « processus de production ». L’appel à la notion de processus est intéressant et demande qu’on s’y attarde. C’est quoi un processus ? Il vaut mieux citer ceux qui le présentent mieux, à l’instar de Michel Volle :

« Un  » processus « , enchaînement des activités concourant à la production d’une valeur. (… ). On commence à parler en termes de processus si, après avoir répondu à la question  » que faut-il faire ? « , on pose la question  » comment faire ? » »

En clair, aborder l’écriture en termes de processus demande qu’on réponde à la question « que faut-il faire ? ». C’est la réponse à cette question que j’ai donné dans un précédent billet, lorsque j’affirmais que l’intention et l’audience doivent être explicites avant tout commencement d’écriture d’un livre.

Après avoir établi l’intention, le pourquoi on écrit le livre et défini le public visé par le livre, on peut maintenant répondre à la question « comment faire ? ». Et c’est justement là que Don Murray insiste qu’on doit plutôt apprendre aux jeunes le « processus de production » au lieu du « produit fini », qu’on doit enseigner l’enchainement des différentes activités qui concourent à la production d’un livre.

Ces activités, Don Murray les classent en trois étapes :

· La pré-écriture,

· L’écriture,

· La révision.

La pré-écriture est tout ce qui intervient avant la première ébauche du texte. Don Murray estime que cette étape prend 85 % du temps de l’auteur. Ici, l’auteur se concentre sur le sujet de son livre, définit le public visé, fait des recherches, des prises de notes,  esquisse les grandes lignes (les idées), rode le titre et l’approche par rapport à l’audience visée.

L’écriture est la phase où on produit la première ébauche du livre. Il estime que cette phase doit prendre 1% du temps de l’auteur.

La révision est la phase où on reconsidère le sujet, la forme et l’audience. Dans cette phase, on refait des recherches, on réécrit, on revoit le texte ligne par ligne, on cherche les mots justes. Don Murray estime à 14% le temps pris par cette phase à un auteur.

Si on nous avait présenté ce processus d’écriture durant notre cycle d’études, cela nous aurait rendu plus meilleur. Au lieu de cela, on concevait l’écriture plus comme une inspiration qu’un processus. Alors, si c’est une inspiration, vous restez devant votre page et attendez l’étincelle qui jaillira de votre mémoire et vous permettra de pondre des mots en continu. Et après on est surpris d’être constamment bloqué devant la page.

C’est un peu près le même constat que dresse Michel Volle dans un de ses articles :

« Notre formation intellectuelle, qu’il s’agisse de mathématiques, de lettres, de physique, se transmet pour l’essentiel par un discours. La part de l’expérience est rare au Lycée où elle se limite à quelques travaux pratiques en physique et chimie. La formation a un caractère initiatique. Point fausse certes, elle ne garde pas trace de la démarche des chercheurs qui ont élaboré les connaissances, de leur volonté, de leurs hésitations, discussions et errements : à la compréhension de la démarche, elle préfère la mémorisation des résultats. »

Cela recoupe bien l’enseignement qu’on recevait. On préférait qu’on mémorise nos cours, qu’on passe plus de temps à étudier les œuvres des auteurs du programme qu’à nous faire comprendre la (ou les) démarche (s) d’élaboration d’une œuvre.

Dans un autre article, il renchérit avec ceci :

« L’abstraction est nécessaire à l’action : nous ne pouvons agir que si nous possédons des concepts pour classer nos perceptions et représentations, y compris pour des actions quotidiennes comme conduire une voiture ou faire la cuisine. L’abstraction est l’activité, la pratique, qui nous permet de produire des concepts, d’abstraire. Mais l’abstrait, lui, est le résultat de l’abstraction, résultat qui peut être coupé de toute action, de toute intention pratique. Certains penseurs passés ont produit, par un effort d’abstraction, des architectures conceptuelles imposantes. Ces architectures sont pour notre pensée comme les monuments d’une ville : un ornement, un équipement, parfois une gêne. Entre l’acte de bâtir, qui suppose de nombreuses décisions, et le bâtiment existant, qui impose à l’utilisateur les décisions dont il porte la trace, il existe la même relation qu’entre l’abstraction et l’abstrait. »

Ainsi, c’est plus vers le « bâtiment », le « produit fini » qu’on oriente notre regard au lieu d’orienter nos yeux vers « l’acte de bâtir », le « processus de production ».

C’est la raison pour laquelle je vais entrer en détails dans les prochains billets sur le contenu des trois étapes du processus d’écriture de Don Murray à savoir la pré-écriture, l’écriture et la révision. Si vous vous souvenez du billet que j’ai publié récemment sur les cinq principes de la structure d’écriture, vous allez y reconnaitre le contenu de la phase de pré-écriture. Il est vrai que ces contenus varient en fonction des auteurs. Nous allons certainement y revenir.

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L’écriture a-t-elle une voix ?

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Il y a de cela dix ans, j’entendais parler de Stephen King tellement en bien, de son génie en écriture et je me posais bien la question sur une telle effervescence en me disant bien que la « star system » qui avait happé l’industrie cinématographique en lui donnant un nouveau souffle financier était en train de devenir un phénomène rampant dans l’écriture… Il a fallu que je tombe sur l’un de ses romans pour que je comprenne que ce n’était pas encore le cas pour le moment : je l’ai dévoré d’un seul trait malgré son volume. Son sens de la narration est incroyable.

On entend souvent parler qu’un auteur a un « style d’écriture » et des définitions de ce concept sont nombreuses. Mais je ne souhaite pas aborder ces définitions, pour la simple raison que fidèle à notre stratégie de mise en correspondance du « parler » et de « l’écrire », je souhaite présenter ce concept sous cet angle. Je dois rappeler que style et voix sont confondues ici, même comme certains auteurs font la différence. Ce billet a été inspiré par le livre de Peter Elbow, “Everyone Can Write: Essays toward a Hopeful Theory of Writing and Teaching Writing”, qui aborde en profondeur ce concept de voix de l’écriture.

Je vais annoncer ce sujet par une situation dont nous vivons tous les jours sans toutefois y prêter attention. Avez-vous déjà eu une panne de l’afficheur de votre téléphone portable ? Si cela a été le cas, vous allez observer que vous reconnaissez à plus de 90% les voix de vos proches et ceux avec qui vous avez l’habitude de converser. Même si vous n’avez pas une panne d’afficheur et qu’une connaissance vous appelle à partir d’un autre poste téléphonique, vous reconnaissez votre interlocuteur sans qu’il présente son nom, parfois même après plusieurs mois ou années.

Nous identifions et reconnaissons nos connaissances par le timbre de leur voix.

Autre point à noter, lorsque notre proche au bout du fil est enrhumé ou en pleurs, nous reconnaissons toujours le timbre de sa voix. Et lorsque notre proche veut nous annoncer une heureuse nouvelle ou une mauvaise nouvelle, nous sentons la couleur avant qu’il ne l’annonce, grâce à l’intonation de la voix.

Malgré l’unicité du timbre la voix, nous employons différents tons de voix à différents moments et situations. Notre voix donne une indication sur nos émotions, de ce que nous ressentons ou vivons.

La façon dont nous répondons au téléphone à nos amis est évidemment différente lorsqu’on est en ligne avec notre employeur, nos parents, notre petit-ami(e),…etc. Le ton est plus respectueux avec l’employeur ou supérieur hiérarchique, amical et relâché avec des amis, ferme et assurant avec des stagiaires que vous formez, doux et flatteur avec une petite-amie,…etc.

Notre voix tend à changer en fonction des différentes personnes avec qui on interagit. L’audience a un grand effet sur la voix.

Peter Elbow affirme qu’au commencement, toute littérature était voix, par référence à la culture orale qui a dominé toutes les cultures dans le monde. C’était la parole, la musique ou le chant qui étaient la littérature. Et qu’aujourd’hui, la littérature est devenue simplement du texte, des mots sur une page. Peter Elbow continue avec cette citation qui est importante pour comprendre l’utilisation de la métaphore de la voix pour l’écriture :

« Voice is produced by the body. To talk about voice in writing is to import connotations of body into discussion (…)”.

La voix est produite par le corps. Parler de la voix dans l’écriture, c’est importer toutes les connotations du corps dans la conversation.

Cela rejoint le point que nous avons abordé dans le précédent billet, écrire bien, c’est savoir transcrire les émotions et passions du langage du corps avec des mots. J’avais dit dans mon précédent billet que parler est une affaire de mots, de voix, de gestes, d’expressions faciales, de contact visuel, de proxémie, d’haptique et de signes tandis qu’écrire est juste une affaire de mots, avec les règles qui accompagnent la composition de ces mots. C’est pour cela que Peter Elbow affirme que le langage parlé a plus de canaux sémiotiques que l’écriture, que la conversation a plus de canaux pour transmettre une intention, un message que l’écriture. Pour Peter Elbow, la voix (en tant que parler) engage le son, l’écoute (l’ouïe), et le temps. L’écriture ou le texte engage la vue et l’espace.

L’écriture n’a que les mots pour transmettre l’intention ou le message de celui qui veut communiquer, tandis qu’on peut atteindre le même but dans une conversation avec les mots, la voix, les gestes, les expressions faciales, les signes,…etc.

Cela ne veut pas dire que l’un est supérieur à l’autre mais que l’écriture, bien que disposant de moins de canaux, emploie des moyens subtils pour atteindre le même but qu’une conversation. La principale ressource de celui qui écrit est le choix des mots.

Lorsque nous conversons, parlons entre nous, ce sont des voix qu’on entend. Les textes n’ont pas de voix, ils sont silencieux. Ainsi, On ne peut parler de voix dans l’écriture qu’en recourant à une métaphore.

Pour résumer ce billet, nous retenons que :

  • Le timbre de la voix est un élément d’identification et de reconnaissance. Il est unique.
  • Nous employons différents tons de voix à différents moments et situations. Cette voix laisse le plus souvent transparaitre nos émotions, notre ressenti.
  • Notre voix change en fonction des différentes personnes avec qui on interagit.

Ainsi, c’est la façon dont vous allez choisir vos mots, les mettre ensemble dans différents ordres, les contextualiser, c’est tout cela qui donnera un « style », une « voix » à votre écriture.

Il s’agit ici de converser, de parler, pas avec votre voix, des gestes, des signes, des expressions faciales, ou votre corps, mais de parler avec des mots.

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Publication de deux livres au mois de Septembre

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Si vous êtes familier de ce blog, vous avez sans doute remarqué l’apparition de deux catégories : “Ecrire et Publier Ebook” et “Growth Hacking”. Cela n’est point fortuit.

En effet, je prépare deux livres dont les notes de recherche sont transcrites dans ces catégories. Ainsi, le premier livre portera sur la démarche d’écriture et de publication d’un livre, le second portera sur le “growth hacking”.

Il est clair qu’un nombre important de publications a été fait sur ces sujets mais mon ambition autant que mes intentions sont de :

  • rapprocher le “parler” et “l’écrire” pour le premier livre : je souhaite mettre en relation l’acte de parler et l’acte d’écrire en montrant que ces deux actes ne sont pas si différents en soi puisqu’ils partagent le même but, qui est de communiquer. Seulement, ils emploient des moyens différents et justement comprendre cette différence de moyens peut nous amener à améliorer notre écriture.
  • rapprocher le “growth hacking” du marketing : il s’agit ici d’expliquer pourquoi le “growth hacking” préfigure l’avenir du marketing. J’estime que plusieurs personnes ont la fâcheuse attitude de considérer les choses comme donné, sans interroger les conditions de leur naissance. En interrogeant les conditions de la naissance du marketing, avec un livre comme celui de Walter A. Friedman, “Birth of a Salesman: The Transformation of Selling in America”, plusieurs professionnels du marketing s’intéresseraient sûrement au growth hacking. C’est justement l’ambition de mon prochain livre, attirer leur attention.

Comme vous pouvez le voir, mes livres sont toujours dotés d’une intention, et c’est cela la valeur ajoutée du livre par rapport aux autres publications disponibles. Mon premier livre, “Le Secret des Blogueurs Qui S’enrichissent”, visait à présenter stratégies, techniques et outils employés par les blogueurs pour gagner de l’argent sur internet en ce moment et en cette année 2014. C’est important de le préciser parce qu’Internet évolue très vite ainsi que les formes de monétisation. Il n’est pas sûr que le contenu soit encore d’actualité dans deux (02) ans, bien que je pense que la stratégie restera la même, les techniques et outils évoluant.

Je ne me soucie point des ventes, même comme c’est toujours encourageant d’avoir de très bonnes ventes. J’ai la chance d’avoir un emploi et de ce fait, de m’adonner sans crainte et avec passion à cette activité. Cela me permet ainsi de choisir les sujets d’intérêt et de travailler à mon rythme. C’est pour cela que, contrairement aux conseils que l’on voit dans plusieurs blogs sur internet, j’ai toujours conseillé à mes lecteurs souhaitant créer leur blog de ne pas abandonner leur emploi pour le blogging. Même comme il n’est pas facile de concilier les deux.

De plus, écrire est aussi le meilleur moyen d’apprendre sur un sujet. Si vous voulez devenez plus meilleur sur un sujet, une discipline ou devenir formateur, je vous conseille d’écrire un livre sur le sujet. C’est la raison pour laquelle je continue d’écrire malgré les ventes moroses : ce que je ne gagne pas en espèces sonnantes et trébuchantes, je le gagne en connaissances et en compétences.

Pour terminer cette annonce, je dois rappeler les dates prévisionnelles de sortie des deux livres :

  • Ecrire et Publier Un Livre en 30 jours” sera disponible à Amazon d’ici le 15 Septembre,
  • Comprendre le Growth Hacking” sera disponible à Amazon d’ici le 30 Septembre.

D’ici là, je travaille sur le contenu, la présentation, la couverture du livre. Un indépendant doit intervenir sur toutes les phases de production d’un livre et si vous n’êtes pas passionné, vous n’y arriverez point.

Je songe déjà à d’autres horizons, notamment à franchir un grand pas, avec la publication d’un roman…dans la mesure où, si vous observez les meilleurs ventes d’Amazon par exemple, vous verrez que dans le top 100 des meilleures ventes toutes catégories confondues, on a au moins 80% de fiction, les autres 20% sont partagés entre les livres de développement personnel, de motivation et de culture générale. Il peut arriver qu’un livre de spécialité comme ce que j’écris en ce moment soit dans le top, mais c’est plus par exception que par règle. Je ne vais pas m’aventurer à donner des explications par rapport à cette situation qui ne relève pas seulement d’Amazon France. Allez sur le site d’Amazon USA et vous verrez que les bestsellers toutes catégories portent sur la fiction (romans, nouvelles…). Je vais juste m’atteler à écrire un roman.

Comme je l’avais dit dans un de mes billets, le réalisateur Hayao Miyazaki conseille, pour éviter le tunnel du perfectionnisme sans fin, d’avoir toujours en tête le prochain projet avant de commencer un projet. En clair, dès que vous commencez un projet, vous devez garder le prochain en tête. Cela vous motivera à trouver un équilibre pour mettre fin à un moment donné au projet actuel et commencer l’autre. C’est ce conseil qui me guide : je considère déjà ces deux livres publiés et je pense à la prochaine activité. Mon conseil à moi : vivez de projets.

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En quoi parler semble différent d’écrire ?

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Avez-vous déjà vu un film de Charlie Chaplin ? L’époque où le cinéma était muet. Les acteurs des films de cette époque n’utilisaient évidemment pas les mots puisque il n’y avait pas de son. Si ces acteurs ne pouvaient pas utiliser les mots pour retranscrire les scenarii liés aux personnages qu’ils intégraient dans un film, qu’est-ce qu’utilisaient alors ? Ils se servaient juste de leur corps : des signes, des expressions faciales, des gestes,…etc. Ils se servaient de ce qu’on appelle aujourd’hui le langage du corps.

Evidemment, ce langage du corps n’a pas disparu, même avec l’introduction du son dans le cinéma. On se sert autant des mots que des mouvements du corps ainsi que des expressions faciales.

Tout le monde se sert, lors d’une conversation, des mots et de son corps, du Président de la République, du curé de la paroisse du coin, du commerçant qui cherche à convaincre un potentiel client, au petit citoyen lambda. Pour faire mieux passer le message, on emploie les mots qu’on accompagne du ton de la voix, des gestes de la main, du regard, de la posture, de l’apparence physique et même parfois de la respiration!

Ainsi, une conversation entraine :

  • Une communication verbale : ce sont les mots employés pour transmettre le message entre un émetteur et un récepteur.
  • Une communication non verbale : c’est le langage du corps que nous employons pour appuyer le sens des mots.

La communication non verbale porte sur les gestes, les expressions faciales, le contact visuel, la proxémie, l’haptique et les signes.

Les gestes portent sur les mouvements du corps : la tête, le torse, la main, le bras, le pied,…etc. N’avez-vous pas remarqué que même les enfants de 2-3 ans répondent le plus souvent positivement à une question par un hochement de la tête ? Cela m’a toujours surpris.

Les expressions faciales qui ressortent plutôt nos émotions. On a ainsi les micro-expressions qui ressortent la joie, la tristesse, la surprise, la colère, la peur, l’écœurement, le mépris,…etc. On a aussi, dans les expressions faciales, le sourire (vrai ou faux) et l’expression des lèvres (la moue par exemple).

Le contact visuel concerne le regard. Ne dit-on pas que « les yeux sont le miroir de l’âme ». Un regard peut faire qualifier une personne de confiante, de fiable, de sociable ou d’honnête. Un regard appuyé suffit parfois à faire passer un message sans qu’un mot ne soit prononcé.

La proxémie est un concept assez nouveau qui traduit ce que nous vivons et observons tous les jours. Voilà ce qu’en dit Wikipédia  :

« La proxémie ou proxémique est une approche de l’espace introduite par l’anthropologue américain Edward T. Hall à partir de 1963. Ce néologisme désigne d’après lui « l’ensemble des observations et théories que l’homme fait de l’espace en tant que produit culturel spécifique. L’un des concepts majeurs en est la distance physique qui s’établit entre des personnes prises dans une interaction. Hall a remarqué que ces distances varient selon les cultures considérées. Ainsi, dans les pays latins, les distances entre les corps sont relativement courtes. En Afrique, elles sont souvent si réduites que le contact physique est fréquent. À l’inverse, dans les pays nordiques ou au Japon, les contacts physiques sont plus rares et ces distances plus importantes. Elles varient également selon les lieux où l’interaction se déroule, ce qui signifie qu’elles doivent être prises en compte par les architectes et designers. Elles sont par exemple différentes dans des lieux publics comme les ascenseurs ou les transports en commun ».

En clair, la proxémie permet d’étudier comment nous traitons notre espace et les autres personnes à proximité. En situation de communication, on établit toujours des rapports de proximité différents en fonction de différentes personnes avec lesquelles on interagit. Par exemple, Lorsque vous communiquez avec votre supérieur hiérarchique au boulot ou avec votre épouse ou époux, la distance entre votre corps et votre interlocuteur n’est pas la même dans les deux cas. Lorsque l’on drague une fille, ce n’est pas la même distance six mois plus tard quand la confiance est établie et que les deux tourtereaux se la coulent douce en amour. Même lorsqu’il y a les réunions dans une entreprise, on peut déduire les différentes positions hiérarchiques en fonction des positions assises autour de la table. Ce rapport de proximité varie en fonction du sexe, de la culture, du statut, de la situation, de l’âge et de la personnalité de notre vis-à-vis. La proxémie m’a fait penser à une situation vécue lorsqu’on rentrait tard dans la nuit après une virée en boite de nuit. Lorsqu’on marchait tard dans la nuit, il y avait ce qu’on appelle la distance de sécurité. Ainsi, lorsque tu remarquais qu’un individu suivait ta trajectoire de marche et marquait le pas pour se rapprocher de plus en plus de toi, tous tes sens étaient en éveil et il était automatiquement défini comme un agresseur sans autre forme de procès.

L’haptique est aussi un concept relativement nouveau et comme la proxémie, a trait à l’espace et à la personnalisation du territoire. Voyons ce qu’en dit Wikipédia :

« L’haptique, du grec ἅπτομαι (haptomai) qui signifie « je touche », désigne la science du toucher, par analogie avec l’acoustique ou l’optique. Au sens strict, l’haptique englobe le toucher et les phénomènes kinesthésiques, c’est-à-dire la perception du corps dans l’environnement. »

L’haptique étudie le toucher en situation de communication. Ceci pour la simple raison que le toucher est aussi une façon de communiquer avec les autres. Le toucher est le plus souvent le résultat de la validation de l’entrée de personnes dans notre espace intime, personnel. On le considère comme la plus basique des formes de communication, celle que nous partageons, nous humains, avec les animaux. On a plusieurs types de toucher : les étreintes, les embrassades, les baisers, la tenue des mains (se tenir les mains). Le toucher varie aussi en fonction du sexe, de la culture, du statut et de l’autorité. C’est la façon la plus intime et directe de communiquer.

Enfin, nous avons les signes que nous utilisons souvent pour communiquer, à l’image des signes qu’on voit les entraineurs de football faire à leurs joueurs durant un match. Un détour par Wikipédia pour une définition du signe :

« Un signe est une marque, naturelle ou conventionnelle, désignant pour quelqu’un un objet ou un concept, et destinée à être interprétée par un tiers. »

On a les signes de la main (un bonjour à distance ou le croisement des mains derrière le dos quand on réfléchit), du bras (comme ce que font les boxeurs ou les catcheurs, ou les bras le long du corps quand on est abattu), du pied (le croisement des pieds en dit long sur votre attitude), de la tête (l’inclinaison de tête, signe de respect chez les asiatiques).

La communication non verbale, le langage du corps est un domaine très étudié, autant que l’écriture et plusieurs disciplines scientifiques (sociologie, anthropologie, psychologie,…etc.) s’y consacrent dans la mesure où c’est un domaine en pleine évolution, avec des codes qui varient suivant les zones géographiques, les cultures, les générations, et plein d’autres facteurs.

La première règle et la plus importante apprise lorsque vous faites une formation sur la présentation en public, c’est de maitriser ce langage du corps afin de pouvoir transmettre vos émotions au public. Et surtout, quel que soit la qualité de vos idées ou de votre message, c’est ce langage du corps qui imprimera une forte marque dans les esprits de votre auditoire. Les formateurs vont même jusqu’à affirmer qu’on a 95% de communication non verbale et 5% de communication verbale dans une présentation en public.

Il faut noter pour la communication non verbale qu’on n’a pas seulement les éléments cités plus haut, nous avons aussi d’autres éléments tout aussi importants comme le ton ou le volume de la voix, l’habillement, le débit de la parole, la posture, …etc.

Comme le dit Sinay Tarakanov, plutôt que de penser la communication verbale et la communication non verbale en termes de différence, d’importance ou de pourcentage, il vaut mieux voir les rôles avec la communication verbale dont le rôle est de faire parvenir le message, des données brutes et neutres tandis que la communication non verbale est d’ajouter du parfum, de la saveur, en clair de l’attitude et de l’émotion à ces données brutes.

Le langage du corps évolue au fil du temps, en fonction des besoins sociaux de l’Homme. C’est pour cela que ce n’est pas une science exacte. On trouvera toujours matière à discussion et des controverses sur l’interprétation de tel geste, tel signe. Néanmoins, personne ne peut s’en passer et il sera présent autant que l’homme respirera et interagira avec d’autres.

J’ai relevé plus haut que la communication non verbale était une affaire d’attitude et d’émotion. Peter Elbow dans son livre “Everyone Can Write: Essays toward a Hopeful Theory of Writing and Teaching Writing” affirme que :

The best writing has voice : the life and rhythms of speech (…)”

La meilleure écriture a une voix : la vie et les rythmes d’une conversation.

Un bon écrivain sait traduire les émotions et les passions en mots.

Ainsi, parler est une affaire de mots, de voix, de gestes, d’expressions faciales, de contact visuel, de proxémie, d’haptique et de signes.

Tandis qu’écrire est juste une affaire de mots, avec les règles qui accompagnent la composition de ces mots.

On constate alors qu’écrire est une opération de « réduction » et plusieurs personnes n’arrivent pas à trouver les mots justes pour transmettre à leur lecteur tout l’univers d’une conversation ainsi que les émotions et les passions qui l’accompagnent.

C’est cela qui fait la différence entre les auteurs car certains savent bien le faire : on lira ainsi que tel auteur a un style particulier, comme pour transcrire qu’il a une façon à lui d’employer des mots.

C’est ce qui nous amènera justement, pour le prochain billet, à nous interroger sur ce que Peter Elbow entend par « voix » de l’écriture.

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