Ecrire est un moyen, pas un but

« Most of us are trained as English teachers by studying a product: writing. Our critical skills are honed by examining literature, which is finished writing; language as it has been used by authors. And then, fully trained in the autopsy, we go out and are assigned to teach our students to write, to make language live.

Teach Writing as Process Not Product” by Donald Murray from The Leaflet, Fall 1972, pages 11–14. Published by the New England Association of Teachers of English.

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En lisant l’article de Donald Murray dont la citation ci-dessus est extraite, j’ai senti des ampoules d’éclairer dans les synapses de mon cerveau, tellement le texte est profond et on a l’impression qu’on s’égarait depuis et qu’après la lecture de ce texte, on a été ramené dans le droit chemin.

C’est un texte court, de cinq (5) pages, qui permet de comprendre pourquoi l’écriture apparait souvent difficile. J’ai reconnu le diagnostic que l’auteur pose à travers mon propre parcours. Effectivement, j’ai été soumis durant tout mon cycle d’études, à l’étude des ouvrages du « programme », à l’étude des auteurs, des classiques,…etc. C’était à 95 % le contenu du programme des cours de langues française dispensés tout au long du cycle. A cela, si on y ajoute les évaluations qui portent le plus souvent sur les mêmes auteurs et ouvrages, la bouche est bouclée. C’est pour cela que l’auteur affirme qu’on forme plutôt les jeunes à faire des autopsies, cette analogie pour illustrer que la formation est faite sur l’analyse de textes de littérature écrite depuis belle lurette.

Ce qui est gênant, comme on le lit dans ce texte, c’est qu’on consacre tout l’enseignement à un « produit fini » alors qu’on devrait plutôt le consacrer au « processus de production ». L’appel à la notion de processus est intéressant et demande qu’on s’y attarde. C’est quoi un processus ? Il vaut mieux citer ceux qui le présentent mieux, à l’instar de Michel Volle :

« Un  » processus « , enchaînement des activités concourant à la production d’une valeur. (… ). On commence à parler en termes de processus si, après avoir répondu à la question  » que faut-il faire ? « , on pose la question  » comment faire ? » »

En clair, aborder l’écriture en termes de processus demande qu’on réponde à la question « que faut-il faire ? ». C’est la réponse à cette question que j’ai donné dans un précédent billet, lorsque j’affirmais que l’intention et l’audience doivent être explicites avant tout commencement d’écriture d’un livre.

Après avoir établi l’intention, le pourquoi on écrit le livre et défini le public visé par le livre, on peut maintenant répondre à la question « comment faire ? ». Et c’est justement là que Don Murray insiste qu’on doit plutôt apprendre aux jeunes le « processus de production » au lieu du « produit fini », qu’on doit enseigner l’enchainement des différentes activités qui concourent à la production d’un livre.

Ces activités, Don Murray les classent en trois étapes :

· La pré-écriture,

· L’écriture,

· La révision.

La pré-écriture est tout ce qui intervient avant la première ébauche du texte. Don Murray estime que cette étape prend 85 % du temps de l’auteur. Ici, l’auteur se concentre sur le sujet de son livre, définit le public visé, fait des recherches, des prises de notes,  esquisse les grandes lignes (les idées), rode le titre et l’approche par rapport à l’audience visée.

L’écriture est la phase où on produit la première ébauche du livre. Il estime que cette phase doit prendre 1% du temps de l’auteur.

La révision est la phase où on reconsidère le sujet, la forme et l’audience. Dans cette phase, on refait des recherches, on réécrit, on revoit le texte ligne par ligne, on cherche les mots justes. Don Murray estime à 14% le temps pris par cette phase à un auteur.

Si on nous avait présenté ce processus d’écriture durant notre cycle d’études, cela nous aurait rendu plus meilleur. Au lieu de cela, on concevait l’écriture plus comme une inspiration qu’un processus. Alors, si c’est une inspiration, vous restez devant votre page et attendez l’étincelle qui jaillira de votre mémoire et vous permettra de pondre des mots en continu. Et après on est surpris d’être constamment bloqué devant la page.

C’est un peu près le même constat que dresse Michel Volle dans un de ses articles :

« Notre formation intellectuelle, qu’il s’agisse de mathématiques, de lettres, de physique, se transmet pour l’essentiel par un discours. La part de l’expérience est rare au Lycée où elle se limite à quelques travaux pratiques en physique et chimie. La formation a un caractère initiatique. Point fausse certes, elle ne garde pas trace de la démarche des chercheurs qui ont élaboré les connaissances, de leur volonté, de leurs hésitations, discussions et errements : à la compréhension de la démarche, elle préfère la mémorisation des résultats. »

Cela recoupe bien l’enseignement qu’on recevait. On préférait qu’on mémorise nos cours, qu’on passe plus de temps à étudier les œuvres des auteurs du programme qu’à nous faire comprendre la (ou les) démarche (s) d’élaboration d’une œuvre.

Dans un autre article, il renchérit avec ceci :

« L’abstraction est nécessaire à l’action : nous ne pouvons agir que si nous possédons des concepts pour classer nos perceptions et représentations, y compris pour des actions quotidiennes comme conduire une voiture ou faire la cuisine. L’abstraction est l’activité, la pratique, qui nous permet de produire des concepts, d’abstraire. Mais l’abstrait, lui, est le résultat de l’abstraction, résultat qui peut être coupé de toute action, de toute intention pratique. Certains penseurs passés ont produit, par un effort d’abstraction, des architectures conceptuelles imposantes. Ces architectures sont pour notre pensée comme les monuments d’une ville : un ornement, un équipement, parfois une gêne. Entre l’acte de bâtir, qui suppose de nombreuses décisions, et le bâtiment existant, qui impose à l’utilisateur les décisions dont il porte la trace, il existe la même relation qu’entre l’abstraction et l’abstrait. »

Ainsi, c’est plus vers le « bâtiment », le « produit fini » qu’on oriente notre regard au lieu d’orienter nos yeux vers « l’acte de bâtir », le « processus de production ».

C’est la raison pour laquelle je vais entrer en détails dans les prochains billets sur le contenu des trois étapes du processus d’écriture de Don Murray à savoir la pré-écriture, l’écriture et la révision. Si vous vous souvenez du billet que j’ai publié récemment sur les cinq principes de la structure d’écriture, vous allez y reconnaitre le contenu de la phase de pré-écriture. Il est vrai que ces contenus varient en fonction des auteurs. Nous allons certainement y revenir.

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