Comprendre le « Growth Hacking » : « Quelle différence entre un modèle et une théorie » (4)

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Aujourd’hui, nous allons continuer avec notre présentation du « Growth Hacking ».

J’avais affirmé dans un billet que comprendre le « Growth Hacking » passait  par une explication du « Business Model ». « Business model » contient le terme « model » qui se traduit en français par « modèle »… Cette dernière phrase vous a surement fait sourire puisque la traduction est évidente. Et plusieurs auteurs traduisent « business model » par « modèles économiques » ou « modèles d’affaires ». Nous y reviendrons mais concentrons-nous d’abord sur le terme « modèle », tout en le mettant en correspondance avec le terme « théorie ». Cette mise en correspondance n’est pas anodine et vous verrez pourquoi à la suite.

Pour faire cette correspondance, j’ai effectué une recherche sur Internet pour obtenir des pépites qui présentent de façon simple les concepts de « modèle » et « théorie ». Cet article, comme les articles qui suivront pour la catégorie « Growth Hacking », est une ébauche, une note de recherche. Avec beaucoup d’extraits. J’ai tout simplement voulu vous inviter à partager avec moi ce long cheminement vers la compréhension du « Growth Hacking ».

Lorsque l’on parle de modèle aux personnes ordinaires comme vous et moi, plusieurs se raidissent et se disent bien qu’on va verser dans un verbiage d’intello. Pourtant…

“Chacun modélise tout le temps car c’est ainsi que notre cerveau se représente le monde et assiste notre action ; mais cette activité, aussi naturelle que la respiration ou la digestion, reste presque toujours implicite : comme la pensée est une activité naturelle peu de personnes réfléchissent à son fonctionnement.” (Michel Volle, De l’Informatique )

Seulement, comme nous avons vu cela dans un précédent article, ce type de modèle est implicite, il n’y a que nous qui connaissons les contours de ce modèle, qui l’avons approuvé. Par contre, le modèle théorique doit être explicité, partagé. Ainsi,

“Un « modèle », c’est une description d’un être réel conçue de telle sorte qu’il soit possible de simuler mentalement le fonctionnement de cet être. Tout modèle comporte à la fois des concepts qui permettent de décrire l’être en question et des relations causales entre concepts.” (Michel Volle, De l’Informatique ).

Le chercheur Alex Mucchielli donne un exemple d’un modèle théorique dans un de ses articles. Il s’agit

“(…) du fameux modèle « Emetteur-Récepteur » de la théorie de l’information : il indique comment fonctionne la transmission de l’information et il propose de regarder ce phénomène avec des concepts qui sont schématisés dans sa représentation graphique. Ces « concepts » : émetteur, récepteur, codage, décodage, canal de transmission, message, contenu du message, bruit, feed-back,…, orientent l’observation des phénomènes de transmission de l’information. Ces concepts, sont par ailleurs, liés entre eux dans le fonctionnement que la théorie propose (dans le modèle E-R, il y a un enchaînement canonique qui rend compte de la transmission, du décodage et de leurs avatars).”

Comme vous pouvez le voir dans cet extrait, la théorie joue un rôle important dans la modélisation puisqu’elle propose un cadre dans lequel le modèle s’inscrit. Il faut surtout noter que théorie comme modèle orientent l’observation d’un phénomène.

Prenons un autre exemple avec le cours d’Initiation à l’économie de Pierre Noel Giraud, (Cerna / Ecole des Mines de Paris). Ainsi, dans ce cours, il écrit que :

« La modélisation économique définit :

– Des acteurs, individuel ou collectif, dotés de comportements rationnels.

– Des mécanismes de coordination entre ces acteurs, en particulier des marchés et des hiérarchies.

– Des institutions qui disent le droit et organisent les interactions entre les acteurs. ».

A partir de cette modélisation, la théorie économique engage des raisonnements et donne des explications sur le réel.

Au détour de mes recherches, je suis tombé sur un article de Michel Armatte qui commence par le commencement…

“Le terme de modèle a pu être utilisé de façon très ancienne par les artisans modeleurs, les tailleurs de pierre, les architectes comme en témoigne l’étymologie du mot : le latin modulus désignait à l’origine «la mesure arbitraire servant à établir les rapports de proportion entre les parties d’un ouvrage d’architecture». Au Moyen-âge ce modulus devient moule en français, mould en anglais et model en allemand, et à la Renaissance l’italien modello donne le français modèle, l’anglais model et l’allemand modell. On retrouve dans les définitions des dictionnaires contemporains, 5 classes de signification et d’usage : le modèle comme référent ou prototype à reproduire (le modèle du peintre), le modèle comme maquette d’un dispositif réel (chez le fondeur, l’architecte), le modèle comme type idéal dégagé d’une population homogène (un modèle de sainteté, de candeur, de beauté…), le modèle comme icône ou dispositif mécanique représentant une idée abstraite (le modèle hydraulique de la circulation monétaire chez Irving Fisher par exemple), le formalisme logico-mathématique qui représente un système, cas auquel nous nous intéresserons principalement.

(…) Même si d’imperceptibles glissements permettent de passer de l’une à l’autre de ces significations, notons que les deux premières voient, comme dans l’étymologie latine, le modèle comme prototype alors que dans les trois dernières le modèle devient un type, une abstraction extraite d’une réalité. Mais cette réversibilité est bien repérée par plusieurs auteurs : «modèle» peut être compris comme original et comme copie, comme archétype ou comme simple réalisation […] et pour chaque type de signification, cette équivoque demeure plus ou moins obscurément nous dit Suzanne Bachelard.”

Pardonnez-moi ce long extrait mais j’ai trouvé les mots bien choisis. Seulement, la mise en relation avec la théorie, par le chercheur Alex Mucchielli, dans sa définition du modèle, m’a rendu quelque peu perplexe…

“Un modèle, c’est donc, au final, un mécanisme de sélection et de recomposition qui est destiné, à rendre intelligible une réalité (à lui donner du sens en référence à une théorie qui propose une explication du fonctionnement d’un type de phénomènes).”

Ainsi, selon Alex Mucchielli, un modèle a toujours un référent théorique. C’est ce qui m’a amené à vouloir comprendre ce qu’on entend par « théorie ». Revenons à notre chercheur Alex Mucchielli,

“Une théorie propose donc une organisation du monde des phénomènes dont elle s’occupe. La théorie a pour but de nous faire comprendre comment les phénomènes qu’elle étudie fonctionnent.”

L’extrait fait dans un article du chercheur Gilles Willett dans un de ses articles vous édifiera :

“Pour Littlejohn (Littlejohn, 1989, pp. 2-31), toute tentative d’explication ou de représentation d’un aspect de la réalité constitue une théorie. Une théorie est à la fois une abstraction et une construction de l’esprit. Le but d’une théorie est de découvrir, de comprendre et de prédire les événements.(…) Une théorie est une manière de concevoir et de percevoir les faits et d’organiser leur représentation. Elle sert à conceptualiser et à expliquer un ensemble d’observations systématiques relatives à des phénomènes et à des comportements complexes. (…) Elle sert aussi à découvrir un fait caché. Il s’agit donc d’une construction de l’esprit élaborée suite à des observations systématiques de quelques aspects de la réalité.”

Seulement, toute théorie est limitée dans sa représentation de la réalité.

“La formulation d’une théorie est un processus systématique et contrôlé mais néanmoins adapté aux conditions restrictives de son contexte de production. Cela signifie donc que les théories sont toujours partielles car, en mettant l’accent sur une partie du réel, elles ignorent donc tout le reste. (…) Il est donc plus fécond de se demander si une théorie est utile plutôt que de se demander si elle est vraie.”

C’est pour cela que le chercheur Christian Le Moënne affirme que :

“La tentation de la forme théorique idéale est contrebalancée en permanence par le fait que les contextes et situations sont perpétuellement changeants.”

Voilà ce que j’ai pu trouver d’intéressant. Pour terminer cet article, revenons au chercheur Alex Mucchielli :

“Quoi qu’il en soit, conclut Sinaceur, « un modèle fait toujours fonction de médiateur entre un champ théorique dont il est une interprétation et un champ empirique dont il est une formalisation »”.

C’est pour cela que s’en tenir juste au modèle sans faire une réflexion sur la théorie sous-jacente

“(…) seraient un peu comme un caméraman de télévision qui, dans un reportage d’un match de football, se contenterait uniquement de filmer le ballon en gros plan, sans jamais nous montrer ni les joueurs, ni les spectateurs, ni le stade. Bien sûr celui qui ferait l’inverse et uniquement l’inverse nous entraînerait aussi dans un monde totalement surréaliste dans lequel on ne comprendrait pas pourquoi les joueurs courent dans tous les sens.”

C’est la raison pour laquelle nous allons passer en revue dans le prochain billet les théories des organisations, pour parcourir comment est perçue l’organisation dans la théorie, spécifiquement l’entreprise qui est l’organisation centrale de nos sociétés modernes.

Sources :

  1. Alex Mucchielli, « Deux modèles constructivistes pour le diagnostic des communications organisationnelles », Communication et organisation [En ligne], 30 | 2006, mis en ligne le 21 juin 2012, consulté le 15 septembre 2014. URL : http://communicationorganisation.revues.org/3442
  2. Initiation à l’économie de Pierre Noel Giraud, (Cerna / Ecole des Mines de Paris), Année 2004-2005.
  3. Michel Armatte, « La notion de modèle dans les sciences sociales: anciennes et nouvelles significations », Mathématiques et sciences humaines [En ligne], 172 | Hiver 2005, mis en ligne le 22 avril 2006, consulté le 16 septembre 2014. URL : http://msh.revues.org/2962
  4. Gilles Willett, « Paradigme, théorie, modèle, schéma : qu’est-ce donc ? »,Communication et organisation [En ligne], 10 | 1996, mis en ligne le 01 avril 2012, consulté le 12 septembre 2014. URL : http://communicationorganisation.revues.org/1873
  5. Christian Le Moënne, « Quelques remarques sur la portée et les limites des modèles de communication organisationnelle », Communication et organisation [En ligne], 30 | 2006, mis en ligne le 21 juin 2012, consulté le 15 septembre 2014. URL : http://communicationorganisation.revues.org/3449
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