La réussite est un miroir : la réalité du milieu rap à travers Kaaris…

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Il a toujours existé un parallélisme de forme (si je peux appeler ça ainsi) entre le rap français et le rap US. Ce billet détonne avec ce que j’ai eu à écrire depuis mais c’est de l’observation de scènes parfois banales et familières qu’on en retire le plus grand bénéfice.

J’ai observé comme tout le monde l’ascension de Kaaris dans le rap hexagonal depuis les titres Kalash, Zoo jusqu’à la sortie de son album Or noir ainsi que la réédition qui a suivi. Il n’était pas facile pour lui de se frayer un chemin dans le rap game avec les deux cadors qui dominent ce milieu depuis quelques années, entendez Rohff et Booba, et dans une moindre mesure La Fouine. Ainsi, son arrivée a permis de diversifier l’offre et surtout s’arrime parfaitement avec ce parallélisme des formes avec le rap US, en apportant une fraicheur dans les beats associée à des textes sombres. Il ne l’a pas inventé : c’est ce qui est à la mode actuellement aux Etats-Unis. Pourquoi ne pas reprendre ce qui marche?

Mais ce qui m’a le plus intéressé, ce n’est pas la musique de Kaaris, mais le prix à payer pour la réussite. Qu’est ce qu’on ne lit pas ou n’entend pas sur ce bonhomme qui a râlé depuis près de 15 ans (oui! quinze années) dans le milieu sans que je n’entende un seul jour son nom… Moi même, je ne le connaissais pas il y a 2 ans. Dès qu’une fine lumière apparaît sur vous, les rageurs sortent des bois. C’est une leçon de la vie, quelque soit votre domaine d’activité, que l’on doit saisir afin de ne pas être surpris et sombrer dans la dépression comme l’ont été Diam’s et beaucoup d’autres lors de leur ascension. Je résume sommairement ce que j’ai entendu ça et là avec mes commentaires à la suite :

  1. Il s’est inventé une vie et parle ce qu’il ne vit pas” : c’est écrit où qu’il faut parler ce qu’on vit? rapper ce qu’on vit? c’est un artiste et il peut faire dans la réalité comme dans la fiction. A entendre ces rageurs, on croirait que la science-fiction n’aurait pas sa place dans le genre littéraire. S’il fallait puiser exclusivement d’une expérience personnelle pour nourrir une expression artistique…  Ces gens là continuent de ramener le rap à ses origines qui était un moyen d’expression né avec les luttes que l’on sait alors que le paysage est plus varié actuellement, avec justement cette tendance originelle et une tendance commerciale. Les deux se rejoignent selon moi : c’est juste que les entrants y voient cela comme un moyen d’ascension sociale. Même les rappeurs qui vont du rap game ont toujours des titres de “rap conscience politique” dans leurs albums. Mais les rageurs aveuglés n’y voient rien.
  2. Il détourne les jeunes avec sa musique qui confondent ses textes avec la réalité” : Avant lui, les jeunes étaient des anges. Sa musique leur a fait passer de l’autre côté. C’est un argument qu’on peut inverser en affirmant qu’il y a aussi des jeunes qui, émerveillés par sa réussite, comprendront que c’est possible de s’en sortir autrement. C’est très facile d’accuser de pauvres rappeurs des maux de la société. Sur la chapelle des causes de la délinquance délitées par les experts, je n’ai jamais vu figuré “rap game”.
  3. Il fait des signes de satanisme, il est sectaire…” : Les psychopathes qui s’ignorent pullulent dehors. Je vous conseille de lire “La Foire aux illuminés : Esotérisme, théorie du complot, extrémisme” de Pierre-André Taguieff. On condamne sans comprendre. On ne voit pas la barbe laissée, les vêtements estampillés “BTTF (Back to the future)” et les signes : tout cela participe de la construction d’une image car ses managers ont compris qu’on vend plus aujourd’hui à travers l’image. Avec une image, vous avez de solides fans qui vous assurent un minimum de ventes dès la sortie de votre album. Qui l’a compris ça? On ne voit pas les Messi ou Ronaldo qui tirent la plus grande partie de leurs revenus de la commercialisation de leur image. Mais on trouve normal ce que font les rappeurs US, pourtant plus pires.
  4. Il a mordu la main qui l’a donné à manger”, “il n’est pas de Sevran” : c’est le plus honteux que j’ai entendu, de plus sortant d’un autre rappeur qui justement cherche aussi sa voie. Et qui croit devoir grandir en descendant d’autres. Qui peut nier que Sevran a été mis au devant de la scène grâce à lui? Personne. Il n’a pas mordu la main qui l’a donné à manger mais il n’a pas voulu continuellement manger de cette main : c’est une attitude normale de toute personne qui veut grandir. S’il ne le faisait pas, il serait toujours dans son trou comme la clique qui entoure BOOBA dont aucun membre n’a perçé à son niveau, de même que le G Unit de 50Cent n’a fait ressortir rien de bon au niveau de 50Cent. Si vous ne vous éloignez pas d’un puissant pour faire votre route, ne croyez pas briller à côté de lui. On peut être reconnaissant mais ce n’est pas un mantra à réciter tout le temps. De plus, viser très haut est parfaitement louable et je pense que l’agitation qu’on observe traduit tout simplement une peur masquée de voir l’élève dépasser le maître. Seul l’avenir tranchera.
  5. C’était un danseur de break, un peureux, il était calme, fuyard, c’était…” : Là alors, l’entreprise de destruction d’image se déroule avec les pères “la morale” qui déroulent leur savoir-faire en la matière. Il est tout sauf lui-même. Je me demande bien comment Kaaris fait pour gérer toute cette atmosphère nauséabonde… C’est bien populaire ça : on n’a pas droit aux essais, on n’a pas droit à l’erreur, on n’a pas droit de suivre son intuition, on n’a pas droit d’oser. Il a tout essayé le brave Kaaris et il a cru pendant 15 ans sans abandonner. Il faut l’avoir fait pour le comprendre et surtout le respecter. Faire la même chose pendant des années sans réussite et continuer à y croire, il faut y passer pour comprendre. Beaucoup ne comprenne pas que c’est justement ça l’essence de la réussite : vous vous y essayez tout le temps et vous y ajouter la passion. Au début, on a l’impression de s’embrouiller et de perdre son temps. Puis, petit à petit, l’horizon s’éclaircit et une voie se dégage naturellement.
  6. Il a oublié les anciens, Il a…” : On sort juste des bois pour vous rappeler que vous avez oublié ceux qui ont tracé la voie du Hip-hop mais en réalité ils ont tracé quoi? comment? Pourquoi ne pas faire un audit sur l’héritage de ces anciens? En réalité, Ils n’ont rien fait. Montrez-moi l’équivalent d’un Dr Dre en France? d’un Timbaland? Tout le monde sait ce que Dre a fait pour un Eminem, 50Cent et d’autres. De même que Timbaland. Ou encore Birdman avec son label Cash Money. Les anciens français ont versé de la salive, se sont fait des tunes, rien après eux sinon sortir de temps en temps de leur retraite supposée pour pondre une réédition ou un réchauffé, sans oublier au passage de cracher sur la nouvelle génération genre “c’est pourri aujourd’hui, c’était mieux avant” lors des interviews. Comme quoi, c’était mieux seulement en mon temps, le monde s’est arrêté après moi.

Je peux passer toute l’année à déliter des tas de dits mais je préfère m’arrêter à ce niveau car je ne suis pas l’avocat de Kaaris ni comptable de sa conscience ou de ses actes. Seulement, je veux comprendre pourquoi des personnes le ramènent toujours dans un moule où il n’en ressort que “démoli”. Détruire le personnage au lieu de comprendre ses ventes, les attentes de son marché, comprendre son succès…

La réussite est un miroir de notre société : elle ressort tout ce qu’il y a de profond et l’affiche devant nos yeux. En clair, à travers toutes ces critiques, on voit les éléments suivants en reprenant les 6 points cités plus hauts :

  1. Il faut être “vrai” pour réussir mais personne ne vous dira jusqu’où il faut être vrai. Le rappeur qui s’en est pris à Kaaris raconte comment il bagarrait à l’école et pas Kaaris pour démontrer qu’il est un vrai à cuire. Si vous suivez les histoires que chacun débine pour montrer qu’il est “vrai”, vous allez en mourir de rire. En fait, c’est juste un moyen de séduction et en fin de compte de promotion et plusieurs rappeurs sont figés sur ce mode de promotion et le pense “exclusif” pour réussir dans le milieu. Lorsque vous cassez ce “code”, certains feignent d’hurler pour masquer l’illusion qu’ils ont avalé amèrement avec les sacrifices consentis associés. Lorsque vous réussissez sans passer par les canons établis ou socialement acceptés de votre environnement, vous êtes dépeint comme un faussaire, un affabulateur.
  2. La réussite est le miel qui attire les abeilles mais aussi des prédateurs en nombre. Sombrant et errant dans l’obscurité de leurs combats, ces prédateurs cherchent une once de lumière qui donnera du relief à leur combat : quoi de mieux que de vous prendre en otage en vous mettant en parallèle avec un problème de société qui plus est a une aura de digne combat. C’est le pourfendeur de la délinquance des jeunes qui vous embroche pour mieux étaler la justesse de ses combats. Pourtant les vrais combattants n’ont pas besoin des lumières de l’heure pour faire leur show. Réussissez mais n’embarquez pas les jeunes dans votre galère. Le jeune forme une catégorie politique pour un militant, un consommateur et un marché pour le rappeur. Comme quoi, pour ces prédateurs, vous devez réussir mais avec leurs lunettes, leurs façons de voir le monde. Pourtant, pour réussir, il faut s’acheter ou se doter d’une paire de lunettes qui vous sied à merveille et que vous assumez surtout.
  3. Les adeptes de la conspiration ne voient dans la réussite que l’antichambre du satanisme et autres coups tordus. On n’en est arrivé à un niveau où la réussite n’est ni normale, ni exceptionnelle, ni anormale même. Elle est tout simplement artificielle aux yeux de beaucoup. Et tout est recherché dans vos moindres faits et gestes pour justifier cette position. On a la conclusion et puis on cherche les arguments pour le soutenir. C’est la traduction d’une société marquée par l’absence d’esprit d’entreprise, de froussards et autres inactifs. On n’est pas surpris du niveau de violence que connait ces sociétés dans la mesure où un entrepreneur, quelqu’un animé par l’esprit d’entreprise répond à la difficulté par des actions. Les froussards et inactifs sans solutions proposent la violence ou le déni.
  4. Voler de ses propres ailes est synonyme de trahison. C’est malheureux : tout ce que vous faites peut être interprété comme une trahison, un mépris. Tout cela pour vous accommoder avec la fable des ingrats et de l’ingratitude, qui masque en fait des égos démesurés et un appui intéressé de la part de celui qui vous a tenu la main. Si l’aide n’est pas intéressée et vise à vous faire décoller, pourquoi hurler quand le décollage commence? En réalité, dans notre société, il y a plus de personnes qui aident sans conviction. Juste pour satisfaire le miroir humaniste qui nous habite et hurler à toutes les fenêtres qu’on a aidé et épaulé plein de monde. Je t’aide mais reste toujours derrière moi, je ne supporterai pas que grâce à mon aide, tu me dépasses.
  5. Les gens continuent à croire au génie, talent, miracle…C’est le comble de la société française, et des nègres. Regardons l’histoire de Bill Gates et Steve Jobs… Ce sont des personnes qui ont beaucoup “essayé”, testé leurs idées et on sait où cela les a mené. Echouer est normal et seuls ceux qui agissent le savent : celui qui ne veut pas échouer peut rester tranquillement chez lui et ne rien faire. Il est vrai que peu de personnes, voire personne n’est là pour voir tout le processus (essais, erreurs, batailles, difficultés,…) qui vous conduit à la réussite mais la réussite se fait voir par tout le monde…et cela nourrit la mise en avant exclusive du génie, talent, et autre. Même Thomas Edison avait dit “Le génie, c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration”.
  6. La reconnaissance est une obligation quand on a réussi, seulement quand on a réussi. Si vous échouez, personne ne demande votre reconnaissance.

La réussite d’un artiste est l’arbre qui cache la forêt : il a toute une équipe derrière lui. Non seulement une équipe, mais tout une maison de production, Def Jam, une écurie mondiale pour ceux qui savent.

Bien sûr, si l’album “Or Noir” sortait et enregistrait un flop, les vautours qui ne se nourrissent que de l’aura des réussites du moment pour donner une contenance à leurs égos n’auraient même pas jeter le moindre regard sur une telle entreprise, sinon en rire. Mais cela en a été autrement et leur boulot d’entrepreneurs de la “fausse” morale a commencé.

Certains critiques se croient intelligents et plus avisés que les artistes mais ces artistes sont des arbres qui cachent la forêt : ce sont des entreprises déguisées avec des dizaines de personnes travaillant à leur réussite. Les critiques ne sont pas interdites mais à la fin, ce n’est que du business.

Si vous envisager créer une entreprise, militer pour une cause, prendre l’ascenseur social, vous n’aurez pas de cadeaux sur votre chemin. Mieux vaut se nourrir ou s’inspirer des expériences d’autres pour aguerrir son esprit au combat. C’est le prix à payer pour que vous puissiez un jour prononcer la phrase “Je le mérite”.

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