La vie est trop courte pour se plier aux caprices de certains auteurs

Si on ne comprend pas les propos de certains intellectuels, ce n’ est pas forcement parce qu’on est ignorant ou malintentionné, cela peut être aussi parce qu’ on est simplement un peu plus exigeant que leurs lecteurs habituels (…)”

Jacques Bouveresse, dans “Prodiges et vertiges de l’analogie

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Lorsque Alan Sokal et Jean Bricmont ont publié leur livre Impostures intellectuelles, un torrent de critiques s’est déversé sur eux et l’on ne savait pas, à la lecture de ces critiques, séparer la raison de l’émotion. Jacques Bouveresse avait, à l’époque, apporté un peu de raison avec la publication de son livre Prodiges et vertiges de l’analogie. J’ai commencé la lecture des deux livres concomitamment et je m’étonne des critiques adressées à ce livre tant il est limpide et claire. Ce n’est ni normal, ni souhaitable que des gens du haut de leur piédestal ou de leur célébrité écrivent des bêtises et qu’on n’ai pas le droit de les critiquer sous prétexte que ce sont des sommités intellectuelles. Comme aujourd’hui, peu de personnes, même dans le milieu intellectuel, souhaitent vraiment travailler et se contentent d’être des disciples, si vous attaquez une sommité, il y en aura toujours pour prendre leur défense sous prétexte que vous ne comprenez pas l’auteur. Je rejoint Michel Volle qui, dans un de ses textes, dit qu’il “soupçonne certains philosophes, architectes, écrivains et artistes célèbres, dont la cote atteint les sommets, d’être des farceurs qui auront su habilement gérer leur notoriété.”

Quand on en est réduit à produire une collection de livres pour aborder le “vocabulaire” de tel ou tel auteur comme l’a fait les éditions Ellipses Marketing avec le vocabulaire de Deleuze, le vocabulaire de Merleau Ponty, le vocabulaire de Marx,…Cela devrait poser des questions au delà de l’intérêt de tels livres ou de leur opportunité commerciale. Ce phénomène où on lit un livre 2, 3, 4 à 5 fois sans rien y comprendre pour se retourner vers des exégètes à n’en plus finir, et qui finissent par vous égarer, on n’en veux plus aujourd’hui. Il est loin le temps où on pouvait consacrer des décennies à un auteur pour se plier à ses caprices. Nicholas Boileau dans l’Art Poétique a dit :

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément

On est partagé aujourd’hui entre de multiples sources d’informations qui croissent chaque jour, dixit “l’infobésité” qu’avancent certains. Il y’en a qui condamnaient ouvertement les réseaux sociaux au début en présentant cela comme des trucs pour attardés. Que feront-ils maintenant que tout ce qu’il y a de sérieux, organisations comme individus, a un compte Twitter, Facebook, Google+ et autres… Ceux qui présentaient les blogs comme ce qu’il ne fallait surtout pas faire pour salir son image? Aujourd’hui, même les plus grands professeurs d’université ont au moins un blog où ils publient le plus souvent les versions draft, provisoires de leurs travaux de recherches et livres, en libre accès.

Toutes les meilleures sources d’information sont en ligne et si vous voulez être sérieux dans votre travail, vous devez faire une veille et suivre ces sources. Et cela prend du temps. Du temps que vous n’en aurez pas à gaspiller sur un auteur qui invente un terme qu’il ne prend même pas la peine de définir tout au long de l’ouvrage. Et vous devez vous plier à deviner ce qu’il a dit, ou aller acheter le livre d’un de ses disciples qui, semble t-il, vous éclairera sur ce que l’auteur a voulu dire. On n’a pas le temps pour cela et lorsque je tombe sur un livre pareil, je laisse tomber le livre et je n’y reviens plus, pas seulement pour ce livre, mais pour tous les livres de l’auteur. Même Nicholas Nassim Taleb, qui s’y connait en mathématiques financières, doit son succès parce qu’il écrit des livres pour communiquer, passer des idées et non faire un monologue. Pour chacun de ses livres, il publie un annexe technique disponible  dans son blog pour ceux qui veulent tremper leurs mains dans le cambouis. Autre chose : parmi tous les philosophes français encore vivants, je ne lis que Jacques Bouveresse. Je me suis essayé à d’autres et je me suis dit que certains devaient se prendre pour des gourous quand ils écrivaient. Bon pied la route pour les tenaces aux QI surélevés. Et à cela, je souscris totalement aux propos de Michel Volle :

La vie est trop courte, notre rencontre avec le monde de la pensée et avec le monde de la nature est trop brève pour que nous perdions notre temps en simagrées. Si la culture, la philosophie, la science et l’art sont nutritifs, c’est à condition de se les approprier en s’affranchissant de la sociologie de l’« élite » culturelle qui les parasite.
Il n’existe pas d’autre guide, pour progresser, que le bon sens que cette « élite » méprise tant, que la droiture persévérante du jugement, que le flair d’abord maladroit puis de plus en plus exact qui se forme par la recherche intime du plaisir
.”

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